Survol des outils de dispatching au XX siècle
Par Pascal O.
Au fil de quelques images, cet article, en déroulant le temps au cours du XX° siècle, présente les évolutions significatives des outils de dispatchings du réseau électrique français.
Les premiers dispatchings ont eu des fonctions locales de répartition de l’énergie et, la plupart du temps, de gestion du réseau d’une société de production-distribution d’électricité. Le développement de la consommation électrique s’intensifiant, l’interconnexion de réseaux indépendants a commencé en nécessitant la mise en commun de moyens de coordination.
Néanmoins, l’étendue des premiers dispatchings est restée limitée, et de nombreux dispatchings ont quadrillé la France.
L’immédiate avant-guerre 14-18 voit naître des dispatchings mutualisés entre différentes sociétés pour mieux tirer parti des interconnexions qui se développent, pour répondre à des problèmes économiques et/ou de sûreté
Après la guerre, sous l’impulsion des grands programmes d’équipement, notamment la construction des grands barrages hydrauliques et le développement de réseau à très haute tension (150 kV et 225 kV), la nécessité de coordination de l’exploitation se renforce et de nouveaux dispatchings apparaissent.
L’acquisition des informations se fait principalement par communication téléphonique, mais aussi par quelques enregistreurs. Leur mémorisation est effectuée sur papier : Schémas, carnets de bord etc… De même les premiers synoptiques muraux sont « animés » manuellement.
Les années 50 voient un accroissement significatif du nombre des téléinformations, ce qui se traduit par l’apparition de synoptiques animés et par un nombre de plus en plus important d’enregistreurs.
Néanmoins la téléphonie reste l’outil prépondérant. Ainsi, la platine téléphonique et l’emplacement pour le schéma de quart annoté au crayon, structurent le poste de travail du dispatcheur.
Les années soixante voient la poursuite de l’accroissement des informations en direction des dispatchings. Les synoptiques muraux prennent de l’ampleur. Dans certains dispatchings, des afficheurs banalisés permettent d’adapter l’affichage des informations aux situations d’exploitation, le dispatcher pouvant choisir les télémesures affichées par un système de plaques codées enfichées sous l’enregistreur. En fin des années 60 (1967), les ordinateurs font leur apparition dans les dispatchings : une révolution !
Les années 70 continueront à voir l’expansion de la consommation d’électricité, le développement du réseau THT, et l’importance de plus en plus grande des moyens de communications et de l’utilisation de l’informatique au sein des dispatchings. C’est dans cette période que les réflexions engagées suite à ces bouleversements se traduiront par l’élaboration d’une vision stratégique et technique globale sur la conduite du réseau à distance : le SDART (Schéma Directeur de l’Aménagement du Réseau de Transport).
Dans les dispatchings, l’informatique prendra également son essor dans le domaine de la préparation de l’exploitation avec l’arrivée du SGEP (Système de Gestion Energétique Prévisionnelle) au milieu des années 70.
Les années 80 verront le début du remplacement des calculateurs du type C 90-40 par des « mini-calculateurs » Mitra au niveau National et Mini 6 au niveau des régionaux. Elles verront aussi le lancement de deux projets ambitieux CASOAR, dont l’objectif était un contrôle automatisé de la production en tenant compte du réseau et le CRC, dont l’objectif était la centralisation de la télécommande (réseau, production hydraulique et TAC) au niveau des dispatchings régionaux. Ces projets qui ne sont pas allés jusqu’à leurs termes auront néanmoins permis de préparer les générations suivantes d’outils en matière de dispatchings National et Régional.
Les années 1990, se poursuivront dans la continuité des années 80, en s’adaptant à la croissance du réseau de transport, à la poursuite de l’accroissement du nombre de téléinformations et aux exigences de plus en plus pressantes des clients du réseau de transport. Elles verront apparaître des synoptiques de nouvelle génération, et le lancement des projets de renouvellement des systèmes informatiques des dispatchings SNC pour le national et SRC pour le régional. Grâce à l’augmentation du nombre et de la qualité des téléinformations, à une volonté managériale et au travail des études et recherche, les outils de calculs de réseaux en temps réel vont franchir un pas important en matière d’aide à la conduite. Les progrès se poursuivront au cours du XXI° siècle.
La fin du XX° siècle a été une période de forte tension pour :
- Les dispatcheurs qui ont dû faire face aux tempêtes Lothar et Martin avec leurs cortèges d’incidents réseaux, de coupures de clientèle et de conditions de reprise de service rendues difficiles par l’ampleur des dégâts et par les conditions délicates d’interventions.
- Les systèmes de transmission, qui ont dû faire face à des flux de téléinformations d’un autre ordre de grandeur que lors d’incidents classiques ainsi qu’à des dégâts sur les moyens de transmission eux mêmes (dépointage d’antennes, projections d’objets etc…)
- Les systèmes informatiques des dispatchings qui ont eu à traiter des flux d’événements, (téléinformations, alarmes reçues ou détectées) en simultanéité avec un long pic d’activité intense des dispatchers.
- De plus les systèmes de transmission et de dispatching ont été mobilisé par le « bug » de l’an 2000.
Ces évènements hors normes ont été surmontés et ont enrichi le retour d’expérience qu’il soit humain ou technique.
Considérées alors comme les tempêtes européenne du siècle, n’étaient-elles pas, vu d’aujourd’hui, un signe avant-coureur des défis majeurs à relever pour le présent siècle?
